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Interview de Aliza Bin-Noun, Ambassadrice d’Israël en France, dans Valeurs Actuelles (Copyrights). En quoi la “résilience” de la population israélienne pourrait-elle inspirer les Français ?
Israël est un pays où la menace sécuritaire fait partie du quotidien, et ce, depuis sa création en 1948. La résilience s’apprend dès le plus jeune âge, les Israéliens sont sensibilisés aux risques et à la menace dès l’école, et même dans les médias, puis avec le service militaire [trois ans pour les hommes, deux ans pour les femmes, NDLR]. Le service militaire ne fait que renforcer cette vigilance acquise très tôt. Il est évident que cette même prise de conscience gagne les pays européens. On n’aurait jamais imaginé, il y a quelques années, que la fouille des sacs à l’entrée des magasins ou des spectacles serait instituée, c’est désormais une pratique courante dans bon nombre de pays victimes d’attentats.
Vous avez dû faire face à “l’intifada des couteaux”, et vous l’avez maîtrisée. Comment ?
Vous parlez de “maîtrise”, mais n’oublions pas que le 16 juin dernier une policière de 23 ans a été tuée, poignardée par un Palestinien à Jérusalem. Néanmoins, il est vrai que le nombre d’attaques a beaucoup baissé. Cela s’explique à la fois par les mesures prises pour enrayer ces actes, mais aussi par le climat qui règne au Proche-Orient. Pour Israël, chaque vie est sacrée. Les mesures nécessaires, adaptées et concrètes, ont donc été prises pour faire face à cette vague d’attentats. De plus, devant la fermeté de la réponse israélienne, les Palestiniens ont compris qu’ils avaient bien plus à perdre qu’à gagner en poursuivant les attaques.
La France a longtemps estimé que le terrorisme qui frappait l’État d’Israël était propre au conflit israélo-palestinien, et qu’il ne cesserait que le jour où ce conflit prendrait fin… Cette perception s’est-elle modifiée depuis que l’Europe a été touchée à son tour ?
Pendant des années, Israël a essayé d’expliquer ses mesures antiterroristes. Aujourd’hui, la communauté internationale comprend mieux leur nécessité, compte tenu de la triste globalisation du terrorisme. Après les terribles attentats de grande envergure qui ont tragiquement frappé la France, la perception d’Israël a changé. Cette menace commune a aussi contribué au rapprochement entre la France et Israël, qui ont renforcé leur coopération, notamment dans le domaine de la sécurité.
En partageant leur expertise, nos deux pays peuvent mieux lutter ensemble contre les menaces qui concernent aussi bien les États occidentaux qu’Israël. Nous partageons tous les mêmes valeurs et nous avons beaucoup à apprendre les uns des autres.
La “communauté internationale” ferait-elle donc preuve de plus de sollicitude à l’endroit d’Israël ?
Nous verrons. Il y a certainement un changement de position de certains pays à l’égard d’Israël. On a pu le voir dans les médias notamment : des sujets comme la démographie israélienne ou la lutte contre l’insécurité sont évoqués avec plus de sérénité qu’auparavant. On commence à voir Israël tel qu’il est vraiment — un État démocratique soumis à une menace permanente mais qui continue de promouvoir ses valeurs démocratiques et humaines.
Et pourtant, les Européens, séparément ou collectivement, n’ont pas cessé de condamner Israël dans leurs résolutions… Quant à la France, elle s’abstient…
Chaque pays défend ses propres intérêts, qui ne sont pas toujours compatibles avec les nôtres. De plus, la situation au Moyen-Orient n’est jamais sans conséquence en France, dans la mesure où sa communauté arabo-musulmane — la plus importante d’Europe — s’identifie à la cause palestinienne. Et puis, Israël étant l’un des pays les plus puissants de la région, qu’il a à sa disposition de solides capacités économiques et militaires, on attend de lui qu’il fasse de grandes concessions. Mais on oublie ainsi que le pays est en permanence menacé, et que sa sécurité est donc primordiale. Le conflit ne se limite pas aux revendications territoriales palestiniennes, nous devons aussi affronter le Hamas, le Hezbollah, l’Iran et même Dae’ch. La pression par le biais de la communauté internationale n’est pas ce qui mènera à la paix.

Par François d’Orcival, Rachel Binhas

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